Un pli peu courant d’Air Madagascar en 1949

Qui est Air Madagascar…

Le 28 février 1947 Roger Gallois et Gabriel Pain fondent Air Madagascar avec deux Caudron Simoun et un Potez, 36 siège rue du Général Roques à Tananarive. Fin novembre 1947 Air Madagascar achète 3 Dragon Rapide DH 89. Premier coup dur lors du voyage de livraison, lors d’une escale à Kosti (Sud Soudan) en roulant sur l’herbe sèche, les échappements des appareils situés très bas enflamment les herbes et communiquent le feu à deux appareils qui seront détruits le 04/12/47 (Une autre version parle de 4 DH 89 achetés en Côte de l’Or (Ghana) et trois détruits…).

1948 Entre temps Air Madagascar utilise un Simoun récupéré et 4 De Havilland Miles Gemini achetés en Grande Bretagne, car le DH 89 rescapé F-BEDI est détruit accidentellement le 30 mai 1948, alors que son pilote victime d’un éblouissement percute une série d’objets au moment de l’atterrissage..

Début 1949 le premier DC 3 de la compagnie vole, affrété auprès de la société française STA.

24 janvier 1950 ce premier DC 3 le F-BFGD percute une montagne à 40 km à l’ouest de Tamatave, aucun des 11 passagers et 3 membres d’équipage ne survit à cet accident.

11 mai 1950 Air France et Air Madagascar signent un accord qui réduit l’activité d’Air Madagascar aux services de travail aérien et d’avions taxi, en contrepartie de quoi Air France affrète le DC 3 restant, le  F-BEFL également loué à STA, et verse une commission. En 1951 deux nouveaux DH 89 Dragon Rapide arrivent en fin d’année dans la flotte.

Le 21 avril 1955 T.A.I. et Messageries Maritimes entrent majoritairement au capital d’Air Madagascar. La nouvelle compagnie Air Madagascar prend le nom de MADAIR en 1961. Le capital est détenu par Air France et Air Madagascar, filiale de T.A.I., à 80%.     14 octobre 1962 MADAIR s’appelle AIR MADAGASCAR.

Un des voyages peu connus de cette compagnie est le vol d’essai, qu’illustre la lettre jointe, sur une ligne Tananarive-Tamatave-Sainte Marie-Mananara-Maroantsetra le mardi 22 février 1949, vol retour le vendredi 25/02/1949. L’avis officiel du voyage d’essai mentionne que « les dernières levées des correspondances s’effectuera à Tananarive le 21 février à 15h30 pour les recommandés et à 16 heures pour les courriers ordinaires. Le courrier sera surtaxé pour toutes les destinations des localités desservies » – fin de citation. Le pli porte une griffe spéciale du voyage d’essai, ainsi que les cachets de Tananarive R.P. du 21/02/49 et Moroantsetra du 22/02/49. Figure également un cachet de Tananarive du 16/03/49. Affranchissement 19,80 francs, soit environ 9,90 F.CFA le Franc ayant dévalué en fin 1948.

Ouverture de la première liaison commerciale sans escale PARIS-MOSCOU 03 août 1958.

Contexte

L’URSS a conclu des accords avec la Grande Bretagne, la Hollande, la Belgique et la France pour établir des liaisons aériennes directes avec ces pays au tout début de l’année 1958. C’est d’après les historiens le début d’une détente amorcée de la guerre froide qui va durer jusqu’en mars 1960. Précisons que les relations franco-soviétiques s’étaient réchauffées à la faveur de l’arrivée au pouvoir presque concomitante de Nikita Khroutchev (mars 58) et du Général de Gaulle (juin 58) appelé ou rappelé au pouvoir lors des évènements d’Algérie.

26 février 58 signature d’un accord Russo-Britannique relatif à l’établissement de relations aériennes entre Londres et Moscou. Le nouveau service sera inauguré par l’Aeroflot et la B.E.A. le 15 mai 59 à raison de deux vols hebdomadaires pour chacune des deux compagnies (Viscount 806 de BEA et TU-104 d’Aeroflot).

02 juin 58 ouverture de Bruxelles-Moscou (DC 7 OO-SFG et CDB Vanderverren pour la Sabena et TU-104 d’Aeroflot).

26 juin 58 une délégation de l’aviation civile soviétique est accueillie à Paris pour y établir les bases de l’accord relatif à l’ouverture d’une liaison entre Paris et Moscou, signature le même jour. Début juillet un Tupolev TU-104 de la compagnie tchèque CSA est venu à Orly pour permettre aux ingénieurs français d’Aéroport de Paris de compléter leurs informations, et d’étudier les procédures de circulation relatives au bruit des réacteurs.

21 juillet 58 ouverture d’Amsterdam-Moscou (DC 7 KLM et TU-104 d’Aeroflot).

03 août 58 ouverture de Paris-Moscou par Air France (Super-Constellation d’Air France et TU-104 d’Aeroflot).

La ligne Air France

Le 02 août 1954 la nouvelle ligne Paris-Prague-Moscou est inaugurée par le DC 3 F-BAXI et le CDB André Gréard. L’avion français stoppe sa course à Prague après une escale à Strasbourg, où un  Iliouchine Il 14 d’Aeroflot prend le relais pour Moscou avec une escale à Minsk (CDB pour le premier vol V. Zamoula Il 14 immatriculé CCCP-1117L). La fréquence est de 6 vols par semaine (tous les jours sauf dimanche), en attendant que la compagnie tchèque CSA soit prête à participer au pool alors constitué (ce sera effectif le 21 janvier 1955 avec un Iliouchine Il 12, fréquence Air France 4/7 et CSA 2/7). En fait cette nouvelle ligne est une simple coordination entre les services aériens français et russes, puisqu’une même compagnie ne peut réaliser le trajet entier à elle seule. Temps réalisés, départ d’Orly à 8h20, escale à Strasbourg de 10h10 à 10h40, arrivée à Prague 13h20. Pour l’Aeroflot départ de Prague à 14h30 et arrivée à Moscou à 23h55. En sens inverse départ de Moscou à 7h20, l’avion d’Air France décollant de Prague à 14h30 pour arriver à Orly à 19h30.

Le 28 janvier 1955, Air France positionne des DC 4 à la place des DC 3 sur la ligne en pool avec CSA Paris-Prague (AF 750), sans changement pour le tronçon Prague-Moscou.

A partir du 02 novembre 1957, les passagers d’Air France peuvent maintenant voyager en Constellation sur une partie de la ligne Paris Moscou, puisque cet avion a été mis en ligne sur Paris-Prague. A Prague les passagers à destination de Moscou sont transbordés sur le TU-104 de la compagnie russe Aeroflot (temps de vol environ 2h30).

Le dimanche 03 août 1958 la ligne directe est enfin ouverte, précédée d’un vol de reconnaissance le 15 juillet, avec un Super Constellation L1049 G et le CDB Louis Damour, entre Orly et Moscou sans escale en à peu près 6 heures. A bord avaient été embarqués des dirigeants et techniciens d’Air France, chargés d’étudier les conditions d’exploitation, en particulier le plan de vol à respecter, qui comprend le survol des villes de Bruxelles, Amsterdam, Héligoland (ile au Nord de l’Allemagne), Copenhague, Gotland (ile de Suède), Riga et Karsava (Estonie), Veliki et Klemetievo (URSS), afin d’éviter les espaces contrôlés de l’Allemagne de l’Est et de la Pologne.

Les accords prévoient dans le sens Paris-Moscou pour les avions d’Air France, un service bihebdomadaire, les mercredis et dimanches depuis Orly, retour les mêmes jours, et pour les avions de la compagnie russe Aeroflot, les lundis et jeudis retour les mêmes jours depuis Le Bourget.

  • Horaires Air France 9h/16h50 (A) et 18h40/22h55 (R),

Les temps de vol ont été pour Air France le  03 août, départ Orly 08hGMT arrivée Moscou 13h55GMT Lockheed G Constellation L 1049 F-BHBD, avec le CDB Louis Damour. Vol retour départ Moscou 19h30GMT, arrivée Orly le lendemain à 02h12GMT.

  • Horaires Aeroflot 14h10/19h50(R) et 9h50 11h45(A) (heures locales).

Les temps de vol pour Aeroflot (avion Tupolev TU-104 modifiés pour diminuer le bruit des réacteurs) ont été de 5h51 arrivée au Bourget à 11h55. Le retour ne s’est effectué que le lendemain, l’avion russe étant resté la nuit au Bourget.

Détails des courriers aéropostaux habituellement rencontrés.

Il est important de bien regarder les dates et les cachets postaux des plis, compte tenu des éléments de dates et d’horaires indiqués précédemment, car nous sommes face à deux premiers vols Air France et deux premiers vols Aeroflot. En effet chacune des deux compagnies réalise le trajet entier à des jours différents.

1a) Le pli Air France ALLER est celui daté du dimanche 03 août au plus tard portant la griffe        spéciale du vol en français Paris-Moscou et le cachet à date d’arrivée à Moscou du 05 août.

1b) Le pli Air France RETOUR est celui daté du 03 août au plus tard de Moscou portant la griffe spéciale du vol écrite en français Paris-Moscou-Paris et en russe en dessous, et le cachet à date d’arrivée à Paris du 04 août.

1c) Le pli Aeroflot ALLER est daté du 04 août au plus tard de Moscou portant la griffe spéciale du vol écrite en russe Moscou-Paris-Moscou et en français en dessous, et le cachet à date d’arrivée à Paris du 05 août.

1d) Le pli Aeroflot RETOUR est daté du lundi 04 août au plus tard de Paris portant la griffe spéciale du vol écrite en russe Moscou-Paris-Moscou et en français en dessous, et le cachet à date d’arrivée à Moscou du 05 août 15h. Nous avons rencontré certains de ces plis qui portent en plus un cachet postal d’arrivée à Paris Wagram XVII° du 08 août. Après le passage en Poste Restante à Moscou ce pli a dû prendre le deuxième vol aller d’Aeroflot du jeudi 07 août, arrivée à Paris 07 août, et cachet à date de distribution du courrier du 08 août.

2) Il existe également un pli daté d’avant le 03 août qui devait partir avec le courrier emmené par la première liaison Air France du dimanche 03 août, mais qui arrive à Orly après le départ de l’avion et ne prend finalement que le deuxième vol Air France de cette nouvelle ligne, du mercredi 06 août, arrivée le lendemain 07 août et portant le cachet à date d’arrivée à Moscou du 08 août. Le pli porte la griffe « Parvenu trop tard à Paris-Aviation ». Il est intéressant à plus d’un titre, car c’est le premier vol de la deuxième fréquence du mercredi.

3°,4°, et 5° images verso de respectivement Moscou Paris cachet violet,  Paris  Moscou cachet noir et de Paris Moscou cachet et signé du CDB Damour. A noter carte de visite du CDB Damour pour authentifier la signature.

02/09/58 reprise des relations aériennes avec l’Egypte en Super Constellation Air France

Prise en ses influences économiques et culturelles auprès de certains pays du Moyen-Orient (Egypte, Liban,Syrie et Israël) la France avait du mal à fixer des positions politiques et diplomatique’s aussi tranchées que les Etats-Unis ou la Grande Bretagne. Elle avait largement participé aux opérations militaires pendant la crise du canal de Suez aux côtés de la Grande Bretagne en 1956, et peinait à faire face aux décisions majeures concernant la crise du Liban de 1957/58. Elle était aux prises avec les volontés d’indépendance des pays du Maghreb (Guerre d’Algérie) et d’Afrique (future indépendance de la Guinée). Elle était aussi au seuil d’un changement politique important entre la 4° et la 5° république. Elle se fixa donc deux priorités, conserver ses relations économiques et culturelles avec le Liban (seul pays arabe à ne pas avoir rompu ses relations avec la France) et la restauration de ses positions en Egypte. Le 22/08/58 un accord sur le rétablissement de ses relations culturelles, économiques et financières (biens saisis lors de la crise du canal de Suez), fut donc signé avec la R.A.U., République Arabe Unie (Egypte et Syrie), uniquement valable avec l’Egypte; Toutes les relations furent alors renouées.

Le 06/06/55 Air France avait ouvert un troisième service hebdomadaire entre Paris et le Caire en Lockheed Constellation. Suspendu en juillet 1955, il avait repris le 15 septembre. Le Programme 1956 d’Air France prévoyait la mise en service du Super Constellation sur les lignes vers le Caire (21/05 en service direct), Istanbul (16/05), Téhéran (02/04), Beyrouth (02/04 escale de Paris-Téhéran) et Bagdad. Le 20/09/56 la ligne Le Caire-Paris faisait escale à Athènes. Le 30/10/56 l’aéroport du Caire est fermé, la ligne de Madagascar passe par Fort-Lamy et Nairobi pour éviter le Caire. La crise du canal de Suez avait coupé toutes relations avec l’Egypte de Nasser. Le reprise de la ligne s’effectue quelques jours après la signature des accords du 20/08/58, soit le 02/09/58 avec le Super Constellation F-BHBH, en tant qu’escale de la ligne Paris-Tananarive (aller le mardi retour le dimanche).

C 1958 0209